Référendum sur le climat : La grande arnaque

L’annonce d’un référendum introduisant la lutte contre le changement climatique dans la Constitution par Emmanuel Macron à la dernière minute de son entretien avec les membres de la Convention Citoyenne pour le Climat est une pure opération de communication politique visant à diviser les écologistes et la population.

C’est une triple arnaque qui consiste à :

Masquer l’orientation globale du projet de loi

Masquer l’orientation globale du projet de loi en faisant oublier les reniements par rapport à ses propres engagements sur la transmission « sans filtre » au Parlement des propositions de la Convention citoyenne : non ratification du CETA, moratoire sur la 5G, taxe sur les multinationales, interdiction de la publicité sur les SUV, rénovation énergétique des propriétaires, refus de construction de nouveaux aéroports… Les promesses sont détricotées les unes après les autres : Concernant les transports, le premier secteur émetteur en France, la fin de vente des véhicules thermiques les plus émetteurs est fixé en 2030 et non plus dès 2025. Il décale de trois ans, à 2023, l’entrée en vigueur de la réduction de l’avantage fiscal sur le gazole pour les poids lourds.  Il fixe à plus de 10000 m2, l’interdiction de la construction des centres commerciaux tout en excluant les entrepôts de l’e-commerce. Or 90% des centres commerciaux font moins que 10000m2… Les « citoyens » sont méprisés par le pouvoir à un point tel qu’une partie d’entre eux a boycotté la réunion pour ne pas avoir à cautionner les reculs du Président. Ceux qui étaient présents ont critiqué les prétextes du gouvernement (COVID, Europe et non acceptabilité par la société des mesures proposées) pour refuser d’appliquer les exigences des conventionnels. Ce référendum est d’abord un étouffoir des revendications portées par la Convention.

Mettre au placard la reconnaissance du crime d’écocide et le principe de non-régression

Mettre au placard la reconnaissance du crime d’écocide et le principe de non-régression qui auraient été de vraies modifications de la Constitution.  De plus, pour Macron, hors de question que cette réécriture à minima intègre le préambule de la Constitution afin de placer la préservation de l’environnement au premier rang des valeurs fondamentales de la République. Si le Président voulait vraiment répondre aux demandes des conventionnels, il pouvait faire approuver le contenu des mesures par référendum. Il pouvait également sur certaines des propositions les plus emblématiques qu’il refuse d’emblée, les mettre au choix dans un référendum à questions multiples. Il a au contraire choisi la voix du plébiscite. SI on est pour la défense du climat, on est pour Macron. Si on est contre le climat, on vote contre Macron. Rappelons qu’il a tout fait pour empêcher un référendum sur la privatisation de l’Aéroport de Paris, il y a un an, qu’il n’a toujours pas réformé la loi Sarkozy sur le référendum d’initiative citoyenne pour le rendre accessible. Ce référendum n’est pas un RIC, c’est un enfumoir.  

Organiser une manœuvre politicienne qui consiste à diviser pour mieux régner et préparer  sa réélection

Organiser une manœuvre politicienne qui consiste à diviser pour mieux régner et préparer  sa réélection. En obligeant les écologistes à approuver un axiome qu’ils ne peuvent désavouer sans se renier, Macron tend un piège mortel aux associatifs et à EELV. Qui peut être contre l’inscription dans la Constitution de la défense de la biodiversité et du climat. Il tend du même coup un piège à la droite sénatoriale menacée de ringardise en cas de refus ; Que le référendum se tienne ou pas, Macron s’en sort gagnant. Il imite ainsi François Mitterrand qui, pour reculer en bon ordre face à l’offensive de la droite sur l’école privée, avait en 1984 proposé la tenue d’un référendum sur le référendum … qu’il n’avait jamais tenu. Il avait ainsi gagné de précieux mois pour faire oublier sa défaite sur le terrain de l’école laïque. Macron fait de même et les premiers qui appellent à voter oui, sans même tenir compte de la question posée, sont Cyril Dion, Julien Bayou et Yannick Jadot. Nous ne contestons pas qu’inscrire la lutte contre le changement climatique et pour la biodiversité dans la Constitution peut être utile, notamment pour les actions en justice menées par le mouvement associatif. Mais là, la ficelle est un peu grosse. La Charte de l’Environnement déjà ajouté par Chirac en 2004, avec l’intégration du principe de précaution, donne déjà des garanties aux associations pour aller en justice. Cet amendement de la Constitution n’aura aucun impact sur l’économie extractiviste et climaticide de notre pays ! Ce débat est l’exemple même du cynisme macronien qui le provoque pour se dédouaner de ne rien faire pour l’écologie ; Si Macron avait voulu autre chose qu’un plébiscite, s’il avait voulu un vrai débat sur l’écologie, il aurait organisé un référendum sur les 149 propositions de la Convention.

Pour sa part PEPS ne tombera pas dans le panneau.  En fonction de la question posée, si elle l’est, nous refuserons de soutenir une fausse modification de la Constitution qui vise à verdir un gouvernement qui enchaîne les trahisons démocratiques et écologiques. Nous dirons non au greenwashing en faisant une campagne d’éducation populaire pour montrer comment le pouvoir depuis 2017 a combattu l’écologie et le climat, pour expliquer comment, pour changer le climat, il faut changer le système et sortir du capitalisme. Nous n’oublions ni les Gilets jaunes, ni la loi sur les retraites ou celle de l’Assurance chômage, ni les mesures de régression sur l’écologie (Glyphosate, néonicotinoïdes renforcement de la filière nucléaire…) ni les lois liberticides.

 Amis Amish ! Sortons de notre impuissance politique en refusant de prendre des vessies pour des lanternes, et le greenwashing macroniste comme la solution miracle au changement climatique. Au moment même où tous les observateurs constatent que la France n’a pas honoré ses engagements pris lors des Accords de la Cop 21 sur le climat, voter oui serait entériner ce recul. Qui osera prétendre le contraire ?

PEPS, le 15 décembre 2020

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