Répondre à l’offensive sociale du gouvernement

Tiens r’voilà le RUA !

La réforme Pénicaud de l’assurance chômage est morte née, tuée par la crise économique qui se profile : aucun gouvernement ne peut, avec des centaines de milliers de chômeur.euses en plus, se le permettre. Par contre, la réforme des minima sociaux se poursuit « à bas bruit ».

Ci-dessous, j’évoque le silence assourdissant de notre camp sur le Revenu Universel d’Activité (RUA) que nous concoctent les néolibéraux. Peut-être faut-il en chercher la raison dans l’absence de médiatisation qui en fait un sujet qui n’intéresse personne ou dans la coupure de la gauche d’avec la lutte contre la pauvreté abandonnée aux associations plus ou moins caritatives ou sociales.
Pourtant le scandale de cette mesure « sociale » – qui pourrait s’accompagner du renforcement de l’assistanat des plus riches – est bien documentée, comme le montre l’article d’Alex LAURENT : Les angles morts des propositions libérales de revenu universel.
Pourquoi la gauche radicale ne se saisit-elle pas des propositions du collectif Alerte ou du collectif pour un minimum garanti pour faire un campagne sur l’augmentation d’un RSA qui est aujourd’hui au seuil de misère ?

Sommes-nous totalement étrangers aux classes populaires ?

Nous avons tardé à voir dans l’abstention des classes et quartiers populaires le symptôme d’une crise de représentation qui frappe aussi la gauche dite radicale. Cette dernière n’a pas su se battre contre les « politiques d’emploi » des sociaux libéraux et n’a pu représenter une alternative aux yeux des intéressé.es. Pas plus qu’elle n’a pas été à la hauteur sur la restriction des droits, les stratégies de violences policières ou le racisme.

Aujourd’hui tout le monde semble en convenir et y voir un facteur du recul de la gauche dans les résultats électoraux.

Par contre, tout se passe comme si certains considéraient que « sur le chômage on a tout essayé », (comme le disait Mitterand, avec son cynisme habituel), qu’une mobilisation contre les inégalités était impossible au moment même où, dans la société, la crise a révélé qu’elles étaient insupportables.

Les divisions entre fractions de classes (ou entre catégories sociales si la notion de classe a perdu sa pertinence avec la fin de la centralité ouvrière) seraient donc telles qu’il ne pourrait y avoir d’objectifs communs ? Dès lors, il ne resterait plus qu’une perspective et le serpent se mord la queue : pour lutter contre l’abstention, il faudrait un gouvernement qui apporte des améliorations. Mais ce type de gouvernement est loin d’être une solution parce que les classes populaires s’abstiennent.

Nombreuses-eux sont celles et ceux qui, dans les classes populaires, ont perdu espoir. C’est, bien sûr, du fait de la violence de leur situation. Chômeur-euses, précaires, bénéficiaires des minima sociaux… tous les hors-champ de l’état social maintenu n’ont ni lieu de collectivisation, ni modes de lutte et restent à part des autres couches du salariat. Mais il serait utile de nous interroger sur notre propre responsabilité dans cet isolement. J’ai déjà essayé de le faire. Il devient urgent de se poser cette question de l’unification d’une classe des dominés pour dépasser le capitalisme. Est-il encore possible de constituer, avec toutes les victimes du néolibéralisme, une alliance, un bloc social qui porte ce changement ? Comment, dans cette perspective, agit-on contre la division qui laisse de côté les formes « les plus loin de l’emploi » de l’armée de réserve ?

Je pense encore que nous sous-estimons l’importance de « l’outil chômage » dans la domination capitaliste et pourtant Ensemble ! est pratiquement la seule organisation politique présente aux côtés des associations de chômeur.euses et précaires.

Mediapart a interrogé Frédéric Viguier à l’occasion de la sortie de son dernier livre. Cette interview – Frédéric Viguier : « La pauvreté n’est que la pointe extrême des autres inégalités » – fournit quelques éléments d’analyse sur la rupture entre salariat et pauvreté depuis le débat de la mise en place de l’État social. Il manque une autre dimension qui est celle de la crise du travail salarié dominé par la subordination : les formes de travail « indépendant » en sont l’expression récupérée par le néolibéralisme. Je conseille la lecture de cet article pour alimenter notre réflexion stratégique.

Mettre en avant nos exigences

Après Édouard Philippe, Castex a reculé sur la réforme Pénicaud de l’assurance chômage : ces reculs sonnent le glas du projet original de Pénicaud. C’est le moment de mettre en avant nos exigences face à la crise sociale. Le plan de sortie de crise de « plus jamais ça » fournit un cadre pour cela. Nous sommes muets tant sur la mise en place du RUA que dans les débats sur l’augmentation des minima sociaux. Il serait pourtant irresponsable d’attendre que cette réforme vienne renforcer une évolution décrite dans l’article cité.

Pourquoi n’avons nous pas le courage politique de porter dans le débat public les projets de sécurisation professionnelle ? Pourquoi, alors que la montée des inégalités saute aux yeux, ne disons-nous pas notre rejet de cette société qui fixe des minima sociaux au seuil de la misère ? Pourquoi ne portons-nous pas, avec les personnes concernées, cette exigence : « pas de revenu minima au dessous du seuil de pauvreté » ? Fixons à 1 250€ ce revenu minima pour toutes et tous ! Ces mesures d’urgence bouleverseraient le marché du travail capitaliste et créerait un dynamique sur le partage des richesses : quand des milliardaires « demandent » un impôt de solidarité avec les plus pauvres, nous ne sommes pas capables de revendiquer cette mesure de justice. Quelle image donnons-nous à ces millions de personnes condamnées à galérer pour leur survie ?

Étienne ADAM

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