Municipales 2020 : Lyon

Ville et Métropole de Lyon : On change d’ère enfin !

Victoire historique des écologistes et des gauches

La Ville de Lyon : 516 000 habitants, 9 arrondissements, 800 millions d’euros de budget, 73 Conseillers, 9 000 agents. Une victoire historique de la liste fusionnée des écologistes et des gauches lyonnaise (1) avec 52,6% (66,23% dans le 9e arrondissement, celui de Gérard Collomb !) et 7 arrondissements gagnés sur 9. Notre liste a su créer une dynamique de 2e tour et répondre à une attente réelle : mettre fin à 19 ans de règne sans partage du Baron Collomb. Celui-ci a transformé Lyon en une Métropole moderne et attractive au profit des ultrariches, et dure aux plus fragiles (notamment les sans abris et migrants auxquels il alla jusqu’à couper l’eau des jardins publics !). Et aussi pour les précaires et pour les couches populaires, et même moyennes, chassées du centre ville du fait de loyers trop élevés et un prix au m2 (jusqu’à 10000 euros le m2 dans l’hypercentre) exorbitant. En effet des quartiers entiers ont été livrés à la spéculation immobilière et vendus par bâtiments entiers aux fonds de pensions. Champion de la « compétition internationale », les majorités de Gérard Collomb ont favorisé l’implantation des « Grands comptes » privés (Veolia, Suez, Bouygues, Pizzorno, Elior…) bénéficiant de Délégations de Services Publics juteuses (Eau Propreté, Restauration scolaire…) et intéressés par des privatisations à terme, ou des partenariats Public/Privé. (2) La majorité des leaders du Parti socialiste lyonnais ont suivi G. Collomb dans sa dérive, s’inscrivant tout « naturellement » dans l’imposture du « macronisme » jusqu’à faire de Lyon une « vitrine » de celui-ci. L’envers du décor étant l’aggravation des fractures spatiales et sociales (une enquête de la Gazette des Communes a montré un taux de pauvreté de 15% sur la ville et allant jusqu’à plus de 20% dans les arrondissements populaires comme le 8e et le 9e arrondissements) avant même la crise du Coronavirus… Côté écologie, force est de constater que sur deux mandats, malgré son « aile verte » (puisque, paradoxalement, les Verts étaient dans sa majorité et ont voté l’essentiel des mesures), la ville n’a pas dépassé le stade du « green washing ». Lors de ce dernier mandat G. Collomb, non seulement n’a pas donné aux Lyonnais des services publics et des équipements de proximité à la hauteur des besoins (construction d’écoles et de piscines par exemple), mais il a accéléré la bétonisation avec un urbanisme de tours (le nouveau quartier de la Part-Dieu par exemple). « L’anneau des Sciences », son projet pharaonique d’une « ceinture autoroutière » de contournement de Lyon, véritable « aspirateur » à voitures, aurait considérablement aggravé la pollution de l’agglomération. Son programme pour le 4ème mandat (le mandat de trop) accélérait la fuite en avant dans ces déséquilibres écologiques et sociaux de la ville. Cette dérive a fini par provoquer un rejet net de sa politique dans l’opinion, une rupture avec ses anciens alliés écologiste et socialistes et finalement son échec cuisant et peu glorieux.

Une véritable victoire à gauche contre des droites lyonnaises déstabilisées

Ainsi, dans ce contexte si particulier d’un 2e tour se tenant 3 mois après le 1er pour cause de Coronavirus 19, c’est à une véritable campagne de « boules puantes » (3) à laquelle nous avons assisté de la part de la droite classique Les Républicains et de la part des partisans de Gérard Collomb, les deux ayant fait liste commune ! Mais aussi de la part d’ « Entrepreneurs anonymes » prophétisant « l’écroulement de l’économie » et la « fuite des élites ». Cependant cette dramatisation et désinformation n’a pas tenu face au calme et à la sérénité de la liste unie « Écolos /Gauches » qui n’a pas répliqué à ces provocations pour rester sur le fond en développant arguments critiques et propositions constructives, avec un quadrillage des arrondissements, à pied, à vélo, dans les réseaux sociaux, jusqu’au bout pour expliquer les engagements communs pour les 6 ans. (4)

C’est donc une réelle victoire de gauche qui vient d’avoir lieu dans la 3e ville du pays et une Métropole unique en France, contre la droite classique et contre la droite nouvelle (LREM versus G. Collomb) qui avaient fait liste commune (ils ont fait 29,7% !) ; mais aussi une victoire contre les dissidents de LREM de David Kimelfeld et Georges Képénékian qui se présentaient comme la liste « progressiste et réaliste » entre les deux autres, au centre en quelque sorte (ils ont fait 17,7%).

« Vague verte » ou pas : L’ampleur des attentes oblige la gauche et les écologistes à ne pas décevoir

Y a t il eu une vague verte ? Tout le monde s’accorde sur le caractère « inédit » de ce 2e tour, mais deux faits sont incontestables :

° Un vote pour les l’écologie politique incarnée par EELV et pour une gauche diverse – là où elles ont fusionné au 2e tour, et c’est le cas à Lyon et à Villeurbanne – mobilisant réellement dans ces électorats, qui a exprimé une volonté de changement en profondeur, c’est-à-dire avec une volonté d’intégration à la fois de questions écologiques urgentes (climat, transition énergétique) et à la fois de questions sociales urgentes (revenus, emplois utiles, services publics…). Mais aussi une volonté « générationnelle » de changement de personnel politique, de rajeunissement, de féminisation. À Lyon ces dernières années la « génération climat » a déferlé dans les rues de la ville par dizaines de milliers de jeunes, et aussi de moins jeunes, et une partie significative d’entre elle s’est reconnue dans les revendications liant la lutte contre le réchauffement climatique et pour la justice sociale, ciblant les carences des politique publiques de la Ville de Lyon et notamment de la Métropole de Lyon en la matière. Du coup elle est entrée coup en dialogue avec la « coalition climat ». Une partie de cette jeunesse s’est même radicalisée sur des positions antilibérales avec l’émergence d’un fort mouvement Alternatiba et anticapitalistes avec l’apparition d’actions d’Extinction-Rébellion. Tous n’ont pas voté lors de ce 2e tour, mais un potentiel de réflexion et d’action pour la transformation sociale et écologiste est là durablement, dans et hors l’institution municipale et métropolitaine.

° Une « vague verte » de votes circonscrits aux grands centres urbains, qui n’a pas touché des quartiers populaires, non seulement à Vénissieux ou à Vaulx-en-Velin mais aussi au cœur de Lyon, ceux de la Duchère (9e arrondissement), de Mermoz (8e arrondissement), de Gerland (7e arrondissement), sur fond d’une abstention également inédite : 62% sur la Ville de Lyon et 85% à Mermoz ! Incontestablement ce mouvement climat des dernières années a produit une conscience « écolo » de masse dans de larges couches sociales, au-delà de celles traditionnelles acquises qui ne se réduisent pas aux « bobos » cadres supérieurs. Dans les grands centres urbains une masse de professions intermédiaires, dont beaucoup sont précarisés dans les domaines de la culture, de la communication, de l’économie sociale et solidaire, de l’agriculture paysanne et des services sont sensibles à la conjugaison des aspirations à la transformation écologique et celle à la justice sociale. Reste la question d’élargir cet électorat et cette base sociale en direction d’autres couches populaires. Un vote profondément légitime donc dans ce contexte difficile de crise sanitaire, écologique, sociale, économique, culturelle et démocratique, en ce qu’il est porteur d’espoir et d’aspirations à ne pas opposer « fin de mois et fin du monde », c’est-à-dire l’écologique et le social ; amélioration de la vie quotidienne des « laissés pour compte » du système capitaliste financier et productiviste et changement global du système. Les mobilisations et les luttes écologistes, sociales, démocratiques au plan local et global vont continuer.

Les attentes sont grandes et cette victoire n’est pas un « chèque en blanc »

Ce sont les attentes de « la génération climat » et celles des laissés pour compte du « laboratoire macroniste lyonnais ». Le maire Grégory Doucet et sa nouvelle équipe ne devront pas les décevoir. Il dispose d’une majorité absolue parmi les 73 conseillers municipaux et dans cette équipe le groupe politique « Lyon en Commun » dispose de 6 élu.e.s au Conseil municipal de Lyon, de 31 Conseillers d’arrondissements et d’une dizaine d’Adjoint.e .s. Le groupe de la « Gauche Unie » a 5 élu.e.s au Conseil municipal et dispose aussi de conseillers et d’adjoints d’arrondissement. EELV dispose à elle seule de la majorité absolue. Sur la base des engagements programmatiques que nous avons évoqués, un séminaire de la majorité devrait se tenir incessamment pour élaborer le « plan de mandat pour les 6 ans ». Pour les nouvelles équipes constituées autour du maire de Lyon, Grégory Doucet, et autour du Président de la Métropole, Bruno Bernard, ne pas décevoir c’est se mettre en capacité de réaliser, pour les Lyonnais et les habitants de la Métropole, l’amélioration du quotidien et plus globalement pour leur ville, ce dont sont porteurs les engagements de leur liste « Maintenant Lyon ». Face à un establishment local réactionnaire et puissant, installé de longue date, qui fera tout pour mettre en échec les nouvelles équipes, construire une base sociale et écologiste large sera indispensable, en s’appuyant sur la « société civile » (associations, syndicats, forces politiques politiques et citoyens) qui partagent la volonté de changement d’ère. Il s’agira de s’appuyer sur celle-ci en permanence à l’écoute de ses aspirations et de ses revendications. N’est-ce pas la meilleure façon de porter avec elle, de l’intérieur mais aussi du dehors de l’institution, la mise en actes des engagements pris avec cette victoire historique ?

Armand Creus

Militant Ensemble ! 69

Le 16/07/2020

(1) : Écologistes et gauches lyonnaises : liste EELV conduite par Grégory Doucet, 28,46% au 1er tour ; liste Lyon En Commun (GRAM, FI, Ensemble !…) conduite par Nathalie Perrin-Gilbert (maire du 1er arrondissement et opposante historique à G. Collomb), 10,19% au 1er tour (3 arrondissements au-dessus de 10%) ; liste Gauche Unie (PS, PC, GENERATION.S …) conduite par Sandrine Runel (PS), 7,7% au 1er tour.

(2) : Métropole de Lyon, voir dans la Revue ContreTemps, Armand Creus, « La métropole de Lyon : Laboratoire du macronisme » (numéro 43), et Laurence Boffet, « Un arrondissement au cœur du Monopoly-on » (numéro 44).

(3) : Une partie du patronat et de la droite LR unie à Gérard Collomb appelait à faire face à la menace du « péril écolo » que représenterait la coalition d’EELV et des Gauches lyonnaises (la Gauche Citoyenne de « Lyon en Commun » et la « Gauche Unie » autour du PS et du PC). A les en croire, le soir du 28 juin ce sont les chars des « khmers Verts flanqués de l’Extrême-gauche » qui allaient débouler Place Bellecour !

(4) : « Engagements en commun our les 6 ans » (extraits) : Pour le blocage des loyers, pour un office foncier doté de moyens pour lutter contre la spéculation immobilière, pour la rénovation et la construction d’écoles, la débitumation de leurs cours et leur végétalisation; pour en faire des îlots de fraîcheur, pour la promotion des circuits courts d’approvisionnement de la ville par l’agriculture paysanne et la promotion du bio et d’une alimentation saine dans les cantines scolaires; pour l’instauration de mesures de gratuité (premiers m3 et KWh gratuits ; expérimentations dans les transports en commun); pour une ville hospitalière envers les sans abris et migrants. Pour la concertation citoyenne et la démocratie active; pour des budgets participatifs et plus de moyens aux mairies d’arrondissements. Pour l’égalité réelle entre les hommes et les femmes. Et, en cohérence avec la Métropole : la remise en question des grands projets urbains inutiles, l’utilisation du levier de la commande publique au service d’un développement économique fondé sur des critères sociaux et écologiques. La remunicipalisation de l’eau potable déléguée à Veolia, l’expérimentation d’un RSA Jeunes pour les 18-25 ans, la construction d’un réseau vélo express de 450 km de pistes cyclables et de lignes de transport pour désenclaver l’Est de l’agglomération…

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